La lettre

Hier, j’avais laissé sans y toucher la lettre que la concierge avait glissée sous ma porte. Lettre de la banque, relevé de comptes, pas important, pas le temps. Mais aujourd’hui, en entrant, j’ai vu qu’une nouvelle lettre avait été glissée.
L’écriture m’était familière sans que je ne cherche immédiatement à la reconnaître. C’était une lettre de nouvelles, pas une lettre-prospectus ou une lettre-administration. Pourtant, je la laissai par terre et allai me préparer à manger, affamée.
Ce n’est que vers 19h30 que je la pris entre mes mains. Au dos, le nom de l’expéditeur. C’était elle, Elle, L. D’elle, je me souviens, il y a longtemps, avoir dit « Il y a des gens qu’on ne choisit pas, mais qu’on fréquente toute sa vie. » Ca paraissait, et ça l’était, dur et cruel. Comme l’image d’un poids que l’on traîne. Si j’avais pu l’écrire, le penser, le dire, c’est parce que dans ma vie elle n’était plus. Au hasard des chaos de son propre quotidien, elle avait disparu du mien.
Et puis, il y a un mois, cinq semaines précisément, elle m’avait appelée. Immédiatement, avant même que je ne décroche, j’avais su que c’était elle. Toute de fissures et de chaos, de meurtrissures et de violences. Alors qu’elle résumait, avec verve et tant de raccourcis que dans le malheur ça en devenait comique, ses dernières années, je m’étais sentie loin, très loin d’elle, avec en même temps la certitude qu’elle serait toujours près de moi.
Et voilà que, cinq semaines de silence, elle a reprit contact, par écrit (elle n’aurait de toute façon pu le faire autrement, d’où elle m’écrit). Dans un simple recto-verso, écriture serrée, elle évoque, avec une justesse qui me frappe, les moments que nous avons passés ensemble. Les personnes que nous avons connues. Nos errances et nos joies.
J’ai remis la lettre dans l’enveloppe. La lettre quelque part dans l’appartement, je ne sais déjà plus où. Comme pour l’oublier, la renier. Et en même temps, cette lettre a apporté dans mon quotidien une bouffée d’intimité qui souvent lui manque : comme si elle seule dans ses révoltes et ses égarements me connaissait vraiment.

1 Comments:
J'aime beaucoup ta façon d'écrire. Fine et élégante. je le pensais déjà lors de ton post précédent (la partie des rêves), mais je ne savais pas comment formuler la chose. Ce n'est pas que je le sache mieux maintenant, mais il me semblait qu'il fallait le dire.
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